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Trolljegeren : de la Norvège aux Etats-Unis ou comment les affiches parlent à leur public ?

Nous vous invitons à découvrir notre analyse sur le film Trolljegeren à travers ces affiches promotionnelles.

Introduction

Le cinéma occupe une place importante et centrale dans la représentation nationale et ce en reflétant les valeurs culturelles mais également les expériences qui sont propres à chaque pays. A travers des œuvres telles que celle que nous avons choisi de vous présenter et qui se nomme Trolljegeren (Troll Hunter/le chasseur de Troll), le cinéma scandinave illustre cette capacité à célébrer un patrimoine culturel tout en captivant un public mondial. 

Pour ce qui est de l’affiche de film (dans sa globalité), elle joue un rôle clé en tant qu’outil de communication visuelle. L’affiche ne fait pas que promouvoir un film mais elle incarne également son essence, son ton ou encore son esthétique. En effet, en s’adaptant aux spécificités culturelles et économiques des différents marchés internationaux, l’affiche devient un vecteur d’échange culturel et un levier marketing puissant.

Pour produire un film, le réalisateur reprend en général, si l’on parle de film qui ne se passe pas dans un monde imaginaire, des éléments qui font référence à la réalité. Par exemple, dans un film américain qui reflète les modes de vie des États-Unis, il est généralement facile de repérer un personnage étranger qui découvre pour la première fois cette culture.

Trolljegeren : présentation du film

Trolljegeren, (The Troll Hunter en  VO norvégien) est un film fantastique/horreur/comédie  norvégien réalisé par André Øvredal et sorti en 2010. Ce faux documentaire (aussi appelé mockumentary) suit un groupe d’étudiants qui découvre que les trolls, qui sont des créatures légendaires de la mythologie nordique, existent réellement et sont traqués par un chasseur nommé Hans. Le film mêle humour, suspense et folklore norvégien tout en utilisant le style du found footage pour renforcer son réalisme. Mais, qu’est ce que le found footage (en français : images retrouvées) ?

C’est un style narratif et technique utilisé dans le cinéma, particulièrement dans les genres fantastique, horreur et thriller. Ce procédé consiste à présenter l’histoire comme si elle était racontée à travers des images ou vidéos retrouvées, souvent filmées par les personnages eux-mêmes. Cela donne au film une apparence de réalisme brut, comme s’il s’agissait de documents authentiques.1

D’après le site Store Norske Leksikon, les trolls sont :

“des créatures nordiques surnaturelles que l’on retrouve dans les sagas, les contes de fées, les légendes et le folklore. Les trolls vivent souvent dans les montagnes ou les forêts profondes, et leurs repaires sont souvent associés au monde souterrain ou au royaume des morts.2 (…) En plus d’être des personnages effrayants dans les contes de fées pour enfants, les trolls sont devenus dans notre monde moderne un important produit touristique scandinave et apparaissent également comme des personnages monstrueux dans des films d’horreur populaires.3” traduction libre

En tout, Trolljegeren cumule 12 victoires et 13 nominations4 dans plusieurs festivals et cérémonies. Cela témoigne de son succès critique et de son impact dans le cinéma fantastique international. Puisque la plupart de ces prix ont été décernés dans des pays autres que les pays scandinaves, comme au festival international du film fantastique de Gérardmer.

Analyse et description des affiches

Afin de poursuivre l’écriture de notre article, nous allons nous servir de trois affiches du film Trolljegeren. Ce seront donc les affiches Norvégienne, Française et Etats-Unienne. Afin de vous donner une idée de ce à quoi ces affiches ressemblent, voici une capture d’écran de plusieurs d’entre elles.

Capture d'écran
Capture d’écran des affiches du film Trolljegeren, prise sur le site MoviePosterDB.com5

Un film d’horreur selon la Norvège

Les affiches du film Trolljegeren ont été adaptées en fonction des spécificités culturelles et des stratégies marketing propres à chaque pays. Ici, nous nous concentrerons uniquement sur une seule de ces affiches, une des affiche norvégienne (au centre de la capture d’écran). Celle-ci nous expose l’image d’une créature mystique nordique à savoir un troll. Ce dernier, d’une grandeur surnaturel, est logé dans une forêt et semble être surpris dans son action. La composition de l’image nous expose la créature dans son milieu naturel. En effet, à gauche, se trouve un arbre ; au milieu nous retrouvons le troll ; et à droite, se trouve un autre arbre.

La colorimétrie sombre et verdâtre, typique d’une vision nocturne, alliée à la texture de l’image floue et granuleuse, évoque ce qui ressemble à une capture sur le vif. Cela implique un tournage en caméra embarquée, typique du found footage, qui accroît l’immersion et le sentiment de danger immédiat. Cette esthétique nous donne l’impression d’une image prise par une caméra infrarouge. Ce choix nous rappelle ceux des films d’horreur comme le Blair Witch Project (1999) ou encore REC° (2007), donnant ainsi un aspect horrifique à l’image. De plus, le troll possède un aspect physique disgracieux ce qui renforce le sentiment de peur. Par conséquent, cette approche nous donne l’impression que le spectateur assiste à une preuve authentique et non une mise en scène. 

De plus, l’affiche possède des bordures noires avec une écriture norvégienne jaune, ce qui attire l’oeil : “Norges største statshemmelighet avsløres 29. oktober!” (“Le plus grand secret d’Etat de Norvège révélé le 29 octobre !”) en haut, ainsi que le titre du film “trolljegeren” accompagné de la phrase : “Du tror det når du ser det !” (“Tu le croiras quand tu le verras”), en bas. Ce slogan annonce une révélation sensationnelle. Ceci est un ressort classique du found footage, qui se veut dévoiler une vérité dissimulée, tout comme le film Cloverfield, en jouant sur les codes du documentaire et de la conspiration. Aussi, la dernière phrase d’accroche renforce la promesse de montrer cette vérité, capturée sans filtre. Ceci est le cœur de ce genre cinématographique : le spectateur est donc le témoin direct des événements prétendument réels, sans intervention scénaristique visible. 

Ainsi, Trolljegeren au travers de cette affiche, s’accapare les codes du found footage, souvent associé à l’horreur et au paranormal, pour les adapter au folklore norvégien. En insérant des créatures mythiques comme le troll dans un contexte réaliste filmé de manière brut et authentique et nous interroge sur ce que nous sommes prêt à croire à travers ce qui nous est montré. 

Un thriller fantastique selon la France

L’affiche française, en haut à gauche de la capture d’écran, en comparaison à l’affiche norvégienne, donne un aspect plus artistique et mystérieux au film. Cette dernière est une sorte d’agrandissement d’une des autres affiche norvégienne. Au premier plan, nous voyons une route enneigée qui sert de réceptacle aux informations du film tel que le titre, le nom du réalisateur, celui des acteurs principaux mais aussi la mention du Festival de Gérardmer. Les couleurs sont très froides et assez sombres avec notamment du bleu, du noir et du gris, avec quelques touches de couleurs pour les écritures.

Tout l’arrière-plan de l’affiche est représenté par des montagnes enneigées et un ciel très nuageux, ce qui donne un aspect encore plus sombre et intrigant au film. L’élément au centre de l’image est une voiture dans laquelle nous apercevons des humains qui tiennent une caméra dans la main. Cet élément pourrait nous donner la sensation que ce sont les humains qui sont au centre du film et qu’ils ont un rôle important. Mais c’est sans compter l’énorme troll qui trône sur une bonne partie de l’image. Une partie de son torse et son visage ne sont pas visibles dans l’affiche, ce qui augmente son mystère et sa taille (il dépasse de l’image !).

A l’inverse de l’affiche norvégienne que nous avons pour voir au-dessus, l’affiche française ne reprend en aucun cas les codes du found footage. En revanche, et comme nous l’avons déjà mentionné, cette dernière émet un aspect plus fantastique et mystérieux concernant le film. Ce que nous pouvons mettre en lien avec le fait qu’il ait été nominé au festival international du film fantastique de Gérardmer. L’affiche laisse libre court à notre imagination quant à l’aspect physique du troll, qui n’est qu’une version des quatre espèces différentes présentes dans le film, puisque nous ne le voyons qu’à moitié.

Ajouté à cela, la colorimétrie de l’affiche, plutôt sombre et assez réaliste, peut nous faire penser à un thriller mis en exergue par le mystère du monstre présent sur l’image et qui correspond beaucoup plus aux attentes d’un public francophone. Enfin, nous avons déjà mentionné le fait qu’il y a une voiture présente sur l’image, dans laquelle se trouvent des humains avec une caméra dans la main. Le plan est débullé, l’horizon est en diagonal ce qui accroit la sensation de malaise et la possibilité que la caméra soit à terre. Seulement, cette voiture n’est qu’une infime partie de ce qui est représenté sur l’image, ce qui montre d’autant plus que le troll est la figure principale de cette intrigue et qui relève l’aspect thriller fantastique.

Cette affiche montre donc un côté plus artistique et mystérieux du film Trolljegeren. Elle joue sur l’appréhension du spectateur quant à l’aspect de la créature afin d’attirer un public curieux de découvrir de nouvelles choses.

Un film d’action selon les Etats-Unis

L’affiche américaine du film Trolljegeren en haut à droite de la capture d’écran, se distingue par son esthétique plus spectaculaire et plus orientée vers l’action, contrastant fortement avec les affiches françaises et norvégiennes. L’affiche se caractérise par des couleurs plus vives et une mise en scène plus tournée vers l’action, qui captent immédiatement l’attention. On y retrouve la présence du nom du producteur, celui du réalisateur ainsi que le titre du film. On peut voir la mention “Magnet” qui fait référence à la société de distribution américaine qui est spécialisée dans les films indépendants et internationaux. 

Contrairement à des affiches nordiques comme celle norvégienne, on constate que la version américaine n’a pas de phrase d’accroche. L’objectif principal du film pourrait être de séduire un public américain qui est probablement habitué aux films d’action en insistant sur le suspense et le spectaculaire. Ce qui est assez surprenant concernant l’affiche est le fait qu’elle rompt totalement avec les représentations scandinaves traditionnelles reprise dans les affiches précédentes :  l’affiche évoque davantage l’univers de la bande dessinée ou du jeu vidéo, que ce soit de par le graphisme ou le dynamisme.

L’affiche américaine du film Trolljegeren se démarque donc clairement des affiches françaises et norvégiennes par son style beaucoup plus spectaculaire et axé sur l’action. Au centre, une grosse voiture avec des personnages armés fait face à une horde de trolls agressifs, alors que les autres affiches montrent généralement un seul troll imposant dans un décor plus calme. La voiture est plus grande et placée au cœur de l’image, ce qui renforce l’impression de confrontation directe et de danger imminent.

Cette affiche annonce donc un film d’action et de monstres, avec un rythme soutenu et beaucoup de spectacle, en rupture avec l’approche plus mystérieuse et folklorique des affiches scandinaves qui elles semblent plus pouvoir être considérées comme représentant un film d’horreur ou un thriller. Elle met en avant le combat contre des créatures surnaturelles, mais insiste surtout sur la confrontation immédiate plutôt que sur l’aspect folklorique.

Conclusion

En conclusion, les affiches du film Trolljegeren réussissent à mettre en évidence l’importance de l’adaptation visuelle aux spécificités culturelles et marketing de chaque pays. Si certains éléments comme les trolls, les paysages nordiques et les couleurs froides sont conservés pour préserver l’identité du film, d’autres aspects sont modifiés pour toucher un public plus large. En Norvège, les affiches valorisent le folklore local et le réalisme du found footage. En France, l’affiche adopte une approche plus artistique et épurée, s’adressant aux amateurs de cinéma fantastique. Tandis qu’aux États-Unis, l’accent est mis sur l’action et le spectaculaire pour séduire un public habitué aux films d’action.

Cette stratégie d’adaptation ne se limite pas qu’à Trolljegeren, mais s’inscrit dans une démarche plus large du cinéma international, où l’image promotionnelle devient un outil puissant pour capter l’attention et susciter l’intérêt. Elle permet non seulement de maximiser la portée commerciale du film, mais aussi de souligner l’impact de la culture nationale sur la perception du cinéma à travers le monde. Ainsi, au-delà de son rôle marketing, l’affiche devient un véritable reflet des enjeux culturels et économiques propres à chaque marché.

Anaële Diart, Cassandra Graf et Angélina Wieber (L3 en 2024-2025 et étudiant les langues scandinaves)

  1. Radio Canada. Found Footage (anglicisme). Publié le 20 juin 2018.
    https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1108000/found-footage ↩︎
  2. Hagen, Rune Blix. « Troll. » Store norske leksikon. Dernière mise à jour le 26 novembre 2024. https://snl.no/troll. “Troll er overnaturlige urnordiske vesener i sagn, eventyr, legender og folklore. Trollene bor ofte i fjellheimen eller de dype skogene, og tilholdsstedet er ofte knyttet til underverden eller dødsriket.”
    ↩︎
  3. Hagen, Rune Blix. « Troll. » Store norske leksikon. Dernière mise à jour le 26 novembre 2024. https://snl.no/troll. “I tillegg til å være skremmende figurer i eventyr for barn, er troll i vår moderne verden blitt et viktig skandinavisk turistprodukt og opptrer ellers som monsterskikkelser i populære skrekkfilmer.”
    ↩︎
  4. Troll Hunter (2010) – Awards – IMDb. Consulté le 12 ma 2025. https://www.imdb.com/title/tt1740707/awards/ ↩︎
  5. MoviePosterDB.com. « Trolljegeren (2010) Movie Posters ». Consulté le 12 mai 2025. https://www.movieposterdb.com/trolljegeren-i1740707.
    ↩︎

Anaële DIART, Cassandra GRAF, Angélina WIEBER
Anaële DIART, Cassandra GRAF, Angélina WIEBER

OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Anaële DIART, Cassandra GRAF, Angélina WIEBER (2 décembre 2025). Trolljegeren : de la Norvège aux Etats-Unis ou comment les affiches parlent à leur public ? Feuillets du Nord. Consulté le 17 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/159kv


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